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Qu’est-ce que la monarchie ? par Guy AUGÉ

 
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MessagePosté le: Mer 24 Aoû - 14:22 (2016)    Sujet du message: Qu’est-ce que la monarchie ? par Guy AUGÉ Répondre en citant

Qu’est-ce que la monarchie ? par Guy AUGÉ (1992)
La monarchie dans la tradition politique occidentale
lundi 3 novembre 2008 par ISH

Quelle est la situation de la monarchie dans la philosophie politique ? Quel est le modèle historique de la monarchie française ? et enfin, quel est son héritage ? Telles sont les questions abordées par Guy AUGÉ dans cette remarquable synthèse.

Table des matières

Introduction de Vive le Roy

Texte tiré la revue La Science Historique, printemps-été 1992, nouvelle série, n° 26, p. 49-67.
AVERTISSEMENT : Les titres ont été ajoutés par la rédaction de VLR pour faciliter la lecture en ligne.

Une monarchie aujourd’hui mal connue

Aux yeux de beaucoup, les monarchies font aujourd’hui figure de régimes d’un autre âge. Celles qui existent encore (en Europe, une bonne dizaine) sont, tout au plus tolérées, à condition de se faire discrètes et de se fondre dans le processus général de légitimité démocratique, alors qu’étymologiquement monarchie et démocratie devraient s’exclure.
Mais l’inactualité de la monarchie est-elle une objection sérieuse à l’intérêt qu’elle peut susciter ? Cela impliquerait qu’il y eût, en politique, un sens linéaire de l’Histoire, une sorte de progrès indéfini, tel qu’on l’imaginait au XVIIIe siècle, tel que nous en sommes passablement revenus : est-ce un progrès que les camps d’extermination, le goulag, les bombes atomiques, les lavages de cerveaux et les génocides, toutes marques de modernité ? Nazisme, stalinisme, maoïsme (pour ne faire un sort qu’aux plus grands) surclassent-ils en amélioration éthique et civique les monarchies d’antan ? Est-ce dans la France de Louis XIV qu’on exhumait des charniers ?
Si, à l’inverse, la monarchie pouvait apparaître comme une institution supérieure, héritière d’une sagesse séculaire, comme l’ont cru beaucoup de philosophes politiques (certainement une majorité d’entre eux), le fait qu’elle puisse sembler présentement inactuelle témoignerait, au fond, contre notre temps, incapable de mériter le moins mauvais des régimes. Les grandes idées ne sont pas d’aujourd’hui ou d’hier ; il ne faut pas tant vouloir marcher “ avec son siècle ” qu’essayer, humblement, d’approcher la vérité, difficile à éclairer en politique plus qu’ailleurs.
Il n’est sans doute pas indifférent que les hommes de tradition essayent de porter témoignage sur la monarchie, dont on peut dire qu’elle est beaucoup plus qu’une forme de gouvernement. Garder ce “ dépôt sacré des vieux âges ”, c’est un peu ce qu’avait voulu faire, il y a un siècle, le Comte de Chambord, le petit-fils de Charles X. Lui qui répétait : « Ma personne n’est rien, mon principe est tout », avait conscience de représenter une institution, peut-être provisoirement passée de mode, mais qui représentait encore une potentialité pour l’avenir. Ne soyons pas les myopes de notre époque : l’objection d’anachronisme relève de la mode, non de la philosophie politique.
En outre, l’idée monarchique passe infiniment au-dessus de la médiocrité de quelques monarques qui l’incarnent présentement, et qui paraissent, en général, fort inférieur au principe qu’ils représentent.
Qu’est-ce que la monarchie, en première approximation ? C’est, substantiellement, ce régime qui légitime son autorité sur une transcendance, sur la primauté du spirituel.
La monarchie, pour peu qu’elle ait un sens profond, repose sur une mystique d’origine surhumaine. En France, par exemple, elle fait partie d’un héritage culturel millénaire. Car, bien sûr, la France n’est pas née en 1789 : elle remonte au moins à 987, date d’émergence de sa dynastie nationale ; peut-être encore au-delà, à 751, date de l’inauguration du sacre en Gaule, sous Pépin le Bref, avec l’avènement des Carolingiens ; quant à la monarchie, probablement devrait-on reculer plus encore ses racines, jusque vers 496, au baptistère de Reims, lorsque Clovis se fit catholique.
C’est une fort longue histoire que celle de la monarchie française, dont il demeure, disait Jaurès, un “ charme séculaire ”. Et les Français, malgré qu’ils en aient, restent sensibles à ce charme. Dès qu’un prince quelconque, de par le vaste monde, se marie, la télévision fait frémir Margot dans les campagnes et les magazines multiplient leurs tirages en couleurs.
Mais la monarchie n’est pas seulement une sensibilité, cette sorte de bibelot décoratif que l’on voudrait nous faire accroire ; elle est moins encore, malgré ce qu’insinuent les royalistes contemporains [1], et même certain prétendant abusif, le garant d’une bonne démocratie [2] ; elle représente, si elle a quelque relief, une autre notion de la légitimité.
Essayons de situer la monarchie parmi les formes politiques inventées en Occident avant de singulariser un peu plus le modèle historique français.
PLACE DE LA MONARCHIE DANS L’HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE POLITIQUE
Étymologie du mot monarchie

Transitant par le bas-latin, le mot de monarchie a une étymologie grecque fort claire : c’est le commandement d’un seul (monos, arkhein).
“ Monarque ” reste cependant quelque peu ambigu : de nos jours, on appellera parfois “ monarques ” (pas toujours par dérision) un chef d’État républicain : De Gaulle, Mitterrand eurent droit à ce qualificatif. Peut-être vaudrait-il mieux distinguer, à cet égard, entre monarchie et monocratie, pour réserver à la seule monarchie le gouvernement d’un seul héréditaire. Mais faudrait-il nier que la Papauté fût une monarchie ? Cela serait assez choquant.
Autre remarque préalable, le terme de monarchie, à la différence, par exemple, de celui d’aristocratie (qui est le gouvernement des meilleurs, aristoï), est purement descriptif : la notion est neutre, en quelque sorte. Elle ne témoigne, ontologiquement, ni d’un bon, ni d’un mauvais régime : elle vise tous les types de régimes caractérisés par le gouvernement d’un seul.
Pourtant, la monarchie a acquis, précisément à travers la réflexion des philosophes, une connotation plutôt favorable, du fait de l’emploi d’autres termes pour désigner les mauvais gouvernements d’un seul.
 Ainsi, la tyrannie, rapidement définie [3] comme le gouvernement d’un seul régnant en marge des lois, dans son propre intérêt, de manière égoïste, illégitime ou usurpatrice ;
 ainsi le despotisme, qui n’est d’ailleurs pas uniquement le mauvais gouvernement d’un seul, car il peut tout aussi bien apparaître un despotisme démocratique, ou une “ tyrannie de la majorité ” comme dit Tocqueville [4] ;
 il y a aussi la dictature, gouvernement d’un seul en mauvaise part de nos jours, mais qui n’avait, à Rome, rien de péjoratif : quelque chose anticipant sur l’actuel article 16 de notre Constitution, la dictature réputée de salut public.
Quoiqu’il en soit, ces termes, axiologiquement négatifs, se sont distingués de “ monarchie ”, si bien que, d’ordinaire, les auteurs, parlant de ce dernier régime, y voient la bonne forme du gouvernement d’un seul.


Source et suite: http://www.viveleroy.fr/Qu-est-ce-que-la-monarchie-par-Guy,49


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MessagePosté le: Mer 24 Aoû - 14:22 (2016)    Sujet du message: Publicité

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