Index du Forum




 FAQFAQ   RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes   S’enregistrerS’enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

Le mythe de la « bonne république » chez les catholiques

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet     Index du Forum -> LA FRANCE COURONNÉE -> La France couronnée
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
Carinthie
Baronnet
Baronnet

Hors ligne

Inscrit le: 02 Fév 2015
Messages: 158
Masculin
Point(s): 158
Moyenne de points: 1,00

MessagePosté le: Mer 24 Aoû - 14:07 (2016)    Sujet du message: Le mythe de la « bonne république » chez les catholiques Répondre en citant

Le mythe de la « bonne république » chez les catholiques
Le parlementarisme : voilà l’ennemi
vendredi 2 novembre 2012 par Faoudel, L.Gedeon

Deux cents ans de Révolution ont réduit les catholiques à l’état de réactionnaires. Chaque nouvelle loi inique les met en campagne pour alerter l’opinion et tenter de faire pression sur le gouvernement. Comme toujours la loi est votée, et la fièvre activiste retombée, ils replongent dans un attentisme providentialiste et défaitiste d’où ils ne sortent que pour voter pour le moindre mal (...) en attendant le prochain coup de l’ennemi. Plutôt que de s’acharner à combattre les symptômes (les mauvaises lois républicaines), pourquoi ne pas reconnaître enfin l’effet corrupteur de ces assemblées délibérantes qui font de l’opinion de la majorité, l’expression de la vérité ? Au lieu de subir les attaques, ne vaut-il pas mieux en reprendre l’initiative avec nos principes (la loi naturelle et l’autorité) et nos armes (la Grâce divine et la raison) pour restaurer des institutions traditionnelles ?

Table des matières

Introduction
La forme d’une institution est faite en vue d’une fin
Effectivement, selon nombre de catholiques la forme du gouvernement — monarchie, aristocratie, république — serait neutre, il suffirait que n’importe lequel de ces régimes soit aux mains d’hommes vertueux pour être vertueux. Or saint Thomas nous rappelle ce principe :
Citation:
En toutes choses qui ne naissent pas du hasard, la forme dépend nécessairement de la fin de l’action. [1]
La fin du gouvernement dans la société traditionnelle
Ce qui distingue l’homme des autres animaux est qu’il est doué de raison, aussi Aristote le définit-il comme un « animal raisonnable » [2]. Un homme réalise donc d’autant plus sa nature humaine qu’il agit suivant la raison et on dit alors de lui qu’il est vertueux ; c’est en cela que le païen Cicéron comme le chrétien saint Thomas déclarent « la vertu est la raison même. [sc] ».
Dans une civilisation traditionnelle, le rôle de l’autorité est d’amener ceux dont elle a la charge à réaliser leur fin, leur nature d’animal raisonnable, et par conséquent, de les faire grandir en vertu. Comme le font les parents vis à vis de leurs enfants, la mission des rois consiste à favoriser les actes vertueux de leurs sujets par le biais des lois. Il s’agit de leur garantir les bonnes conditions de l’exercice de leur raison, autrement dit, de leur donner les moyens de mener une vie vertueuse. Ce droit naturel — ce droit pour tout homme de réaliser sa nature — est bien le fondement des lois humaines.
  • Le dirigeant qui favorise ce droit acquiert la légitimité de son commandement et obtient, non seulement l’obéissance volontaire de ses sujets, mais plus encore, leur amour.
  • Le dirigeant qui s’oppose au droit naturel ou le contrarie est appelé « tyran ».

Quand l’autorité reconnaît que la loi naturelle — la loi du bon comportement de l’homme — et les droits associés proviennent de l’Auteur de la nature, Dieu, Autorité suprême, alors on peut parler de droit naturel et divin. L’autorité devient l’auxiliaire de Dieu pour aider les hommes à accomplir leur nature, à vivre selon leur raison, à vivre vertueusement et donc à vivre heureusement. En effet Aristote dit :
Citation:
Qu’est-ce donc qui empêche de qualifier d’heureux celui qui agit conformément à la vertu parfaite, et qui est suffisamment pourvu de biens extérieurs, non pendant telle ou telle durée, mais pendant une vie complète ? [3]

Pour conserver le bien commun, cette communion des hommes dans un état qui favorise leur vertu, le roi doit veiller à la justice qui commande de rendre à chacun ce qui lui est dû — on pense à la figure archétypale de saint Louis rendant la justice sous un chêne. En tout premier lieu, il s’agit de rendre publiquement au Dieu créateur le culte qui lui est dû ; c’est la raison pour laquelle aucune monarchie ne peut exister sans la transcendance de Dieu reconnue en public — on parle d’hétéronomie.
Si, conformément à la Révélation du Nouveau Testament, l’autorité reconnaît en plus la royauté universelle du Christ [4], on aboutit à un type achevé d’autorité où le roi agit au nom du Christ : il devient son « lieu-tenant » pour gouverner ceux dont il a la charge et soutenir son Église. C’est ainsi que, depuis Clovis — qui lors de son baptême reconnaît Dieu au dessus de lui et se soumet publiquement à sa loi —, tous les rois de France ont essayé, malgré leurs infirmités d’homme et compte-tenu de la conjoncture de leur époque, d’agir selon le droit naturel et divin et la Révélation. Telle est bien la motivation première de cette ordonnance de Philippe le Bel :
Citation:
Attendu que toute créature humaine qui est formée à l’image de Notre-Seigneur doit généralement être franche par droit naturel [...] [5]

De même, un Richelieu dans son Testament exhorte le roi à la soumission à Dieu :
Citation:
Tant de Princes se sont perdus, eux et leurs États, pour fonder leur conduite sur un jugement contraire à leur propre connaissance ; et tant d’autres ont été comblés de bénédictions, pour avoir soumis leur autorité à celle dont elle dérivait, pour n’avoir cherché leur grandeur qu’en celle de leur Créateur ; et pour avoir un peu plus de soin de son règne que du leur propre [...] [6]

Et tous les rois ont été bien conscients du caractère hétéronome de leur autorité à l’instar d’un Louis XV qui le rappelle à ses Cours de justice : « le pouvoir que j’ai reçu de Dieu, pour préserver mes peuples ». [7]
La forme des institutions politiques de la monarchie Très Chrétienne s’est donc modelée au fil des siècles autour d’une seule et unique fin très précise : le règne social de Jésus Christ.
La fin d’un gouvernement dans une société révolutionnaire
Tout au contraire, la Révolution réalise le vieux rêve gnostique de l’autonomie de l’homme par rapport à Dieu dont Karl Marx nous donne une définition :
Citation:
Un être ne se révèle autonome qu’à partir du moment où il est son propre maître ; et il n’est son propre maître que s’il n’est redevable qu’à lui-même de sa propre existence. Un homme qui vit par la grâce d’un autre se considère comme un être dépendant. Or je vis totalement par la grâce d’autrui non seulement quand il pourvoit à ma subsistance, mais aussi quand il a, de surcroît, créé ma vie, s’il en est la source ; et ma vie a nécessairement son fondement hors d’elle lorsqu’elle n’est pas ma propre création. [8]

Une « philosophie » dévoyée, héritière des Lumières et fondée sur un a priori religieux, lui fournit un cadre théorique ; Marx nous en révèle l’objectif :
Citation:
La philosophie ne s’en cache pas. Elle fait sienne la profession de foi de Prométhée : « En un mot, je hais tous les dieux. » C’est sa propre devise qu’elle oppose à tous les dieux célestes et terrestres qui ne reconnaissent pas la conscience humaine comme la divinité suprême. Elle ne souffre pas de rivale. [9]

D’où les paradigmes de la société révolutionnaire :
  • À la fin de l’homme d’accomplir sa nature en agissant selon la raison (suivant la loi naturelle), succède la liberté, le libre examen, autrement dit : l’affranchissement de l’homme à l’égard de toute loi qu’il ne s’est pas lui-même fixé. Le réel — la nature des choses — devient l’ennemi ; c’est le triomphe des utopies qui forment autant de lits pour les totalitarismes.
  • La dignité de l’homme ne consiste plus dans l’usage vertueux de la liberté, mais un homme acquiert d’autant plus de dignité qu’il est libre, débarrassé de toute contrainte sociale et religieuse. Le révolté et l’antisocial qui « brisent les tabous » par leur liberté (comprendre ici : leur égoïsme), dépassent désormais en dignité le religieux ou le simple croyant, ces sous-hommes qui osent aliéner la leur.
  • Au règne social du Christ succède la souveraineté du peuple ou de la nation.
  • Au droit naturel succèdent les très artificiels Droits de l’homme que l’Occident révolutionnaire prétend imposer au reste du monde.
  • À l’autorité — qui fait grandir en vertu et établit la justice — succède l’égalité. Pire ! Dans cette nouvelle société, l’autorité devient insupportable en ce qu’elle est perçue comme limitant la liberté. Logiquement la nouvelle justice prend pour fondement l’Égalité, et puisque tous sont égaux, il suffit d’avoir les mêmes droits pour que « justice » soit rendue.

Ce changement radical de la fin de la société — la libéralisation maximale d’individus tous égaux — ne pouvait pas rester sans conséquences sur les institutions politiques. En effet, les institutions de la monarchie Très Chrétienne formées en vue de cette fin particulière du règne social de Jésus Christ, étaient incapables d’accomplir le règne des Droits de l’homme, le règne de la souveraineté populaire.
C’est ce que résume parfaitement Vincent Peillon, notre actuel ministre socialiste de l’Éducation Nationale, dans son livre Une religion pour la République, la foi laïque de Ferdinand Buisson :
Citation:
À côté de la forme républicaine, il faut « la mentalité et la moralité républicaine ». La France a cette singularité qu’élevée dans la religion catholique, n’ayant pas su faire droit à la Réforme, elle n’a pas fait pénétrer dans ses mœurs une religion du libre examen, de l’égalité et de la liberté. Il faut donc à la fois déraciner l’empreinte catholique, qui ne s’accommode pas de la République, et trouver, en dehors des formes religieuses traditionnelles, une religion de substitution qui arrive à inscrire jusque dans les mœurs, les cœurs, la chair, les valeurs et l’esprit républicain sans lesquels les institutions républicaines sont des corps sans âme qui se préparent à tous les dévoiements. [...] Le républicain, c’est l’homme. En d’autres termes : la religion républicaine, la religion de l’homme, où chacun est digne, respectable, conscient de sa valeur, indéfiniment perfectible. [...] La religion républicaine est une religion des droits de l’homme, c’est-à-dire dire de l’Homme qui doit se faire Dieu, ensemble, avec les autres, ici bas, et non pas du Dieu qui se fait homme à travers un seul d’entre nous. [10]

Ainsi la fin de la Révolution s’identifie pleinement à l’immanentisation de la divinité dans l’homme, à la religion de l’homme-dieu et c’est bien la forme républicaine qui permet de réaliser cette fin. En effet, dans une république démocratique, aucune autorité n’est reconnue au dessus de celle du parlement, et le jeu parlementaire en décidant du bien et du mal, réalise l’idéal de l’autonomie révolutionnaire.
Notre problématique : le mythe de la bonne république chez les Catholiques
Logiquement, pour rétablir le règne social du Christ, il faudrait rétablir des institutions Très Chrétiennes. Or, de manière paradoxale, s’il y a encore des catholiques qui se disent contre-révolutionnaires aujourd’hui, non seulement ceux-ci participent au jeu des institutions parlementaires et démocratiques, mais ils affirment même que c’est le seul moyen possible d’agir pour le bien. À les écouter, il suffirait d’installer au cœur des institutions parlementaires un nombre de plus en plus important d’hommes vertueux pour que la politique soit de plus en plus vertueuse. Il y a là un paradoxe : comment des institutions nées du mal, pour le mal, ayant accompli le mal pendant deux siècles, pourraient-elles devenir subitement le seul moyen d’action politique vertueuse ? Il y a plus qu’un paradoxe, il y a un mythe : celui de la « bonne république ». C’est un mythe ancien, qui remonte au moins à Fénelon. Pour établir son vice, le vice de ce mythe, nous nous appuierons sur les faits puisque la politique est une science inductive qui consiste à partir des faits pour en induire des lois. Nous examinerons donc trois circonstances où les catholiques « conservateurs » ont été largement majoritaires au sein des institutions démocratiques :
  • La monarchie parlementaire de Charles X (1824)
  • L’assemblée de la « République des ducs » (1871)
  • La Chambre bleu-horizon (1919)
La monarchie parlementaire de Charles X
Le programme politique des ultras à la tête du gouvernement
Lorsqu’en 1824 Charles X succède à Louis XVIII, il place à la tête du gouvernement Joseph de Villèle (1773-1854), un contre-révolutionnaire, catholique et monarchiste, un « ultra » comme on les appelle alors. Les ultras sont des hommes qui n’ont pas hésité à tout sacrifier au service de la monarchie pendant la période sombre de 1789 à 1815. Depuis la Restauration de 1815, ils réclament des réformes qui leur sont refusées par les ministres libéraux de Louis XVIII (Richelieu et Decazes) :
  • ils réclament la décentralisation à la place du carcan imposé par Napoléon.
  • ils réclament le rétablissement des corporations contre le libéralisme du « laissez faire laissez passer », cette loi du profit qui n’est qu’une version moderne de la loi du plus fort et qui réduira en esclavage une partie de plus en plus importante de la population jusqu’à la Commune en 1870.
  • par ailleurs, ils défendent l’Église et ses œuvres.
Une institution politique monarchique et parlementaire
On pourrait s’étonner de choisir, comme preuve du fonctionnement vicieux des institutions républicaines, l’action d’un ministre du roi Très Chrétien. A priori, la preuve du mal, si elle était faite, chargerait plus la monarchie que la république. C’est tout le paradoxe de la Restauration, qui conserve au plus haut niveau de l’État deux institutions radicalement opposées :
  • d’un coté, le roi Très Chrétien, lieutenant du Christ, tenant de Lui son autorité pour aider l’Église au salut des âmes,
  • de l’autre coté, la Chambre des députés, héritage des constitutions révolutionnaires, censée représenter le peuple et tenir de lui son pouvoir, et qui a été créée pour la réalisation des Droits de l’homme. De fait, tous les ministères de la Restauration marcheront sans cesse sur le fil du rasoir, entre d’un coté, le roi Très Chrétien, et de l’autre, le couperet du vote parlementaire, situation qui conduira à la Révolution de 1830. Stéphane Rials, dans son excellent ouvrage intitulé Révolution et contre-révolution au XIXe siècle résume cette situation paradoxale par la formule : « Dispersion des légitimités et convergence des techniques » [11]. Et sur les contre révolutionnaires de 1815, il écrit :
    Citation:

    Ils rejettent la révolution d’un point de vue métapolitique dont ils sont finalement si proches en doctrine, en programme, en pratique. [12]

    Quelle est donc cette politique révolutionnaire de l’ultra Villèle une fois parvenu aux commandes d’institutions politiques si bâtardes ?
Échec sur la décentralisation
Dans son ouvrage sur La Restauration, l’historien Marie de Roux (1878-1943) constate :
Citation:
Villèle arrivant aux affaires, ne reprit pas les vues décentralisatrices qu’il avait défendues à la Chambre introuvable [...] Royer Collard dénonce toutes les facilités que le gouvernement trouvait dans le système en vigueur pour peser sur les élections. Le ministère vote par l’universalité des emplois et des salaires que l’État distribue et qui sont le prix de la docilité prouvée ; il vote par l’universalité des affaires et des intérêts que la centralisation lui soumet. Il vote par les routes, les canaux, les hôtels de ville, car les besoins publics satisfaits sont les faveurs de l’administration, et pour les obtenir, les peuples, nouveaux courtisans, doivent plaire. [13]

Autrement dit, le gouvernement utilise tous les moyens que la centralisation révolutionnaire a mis à sa portée pour peser sur l’électorat : « votez pour les candidats du gouvernement et vous aurez des routes, des ponts, des canaux, des hôtels de ville et des marchés publics ». Il ne s’agit pas des socialistes de l’affaire URBA, arrivés au pouvoir avec François Mitterrand, mais de contre-révolutionnaires de bonne foi, animés des meilleures intentions, que le parlementarisme contraint mécaniquement à des méthodes et à une politique révolutionnaires.
Échec sur les corporations
Le marquis Marie de Roux rapporte encore :
Citation:
En 1817, un avocat parisien, Levacher-Duplessis, entreprit en faveur du régime corporatif une campagne en règle : deux mille commerçants et artisans signaient dans son cabinet, le 16 septembre 1817, une requête au roi que Levacher défendait dans un mémoire étudié [...] Quand on relit aujourd’hui ces pages rédigées par un ultra bien oublié, et les délibérations que lui opposèrent les industriels les plus éclairés de l’époque, on est frappé de voir combien c’était le rédacteur qui avait les vues d’avenir. Le gouvernement, devant l’opposition de toute la grande industrie et de tout le haut commerce, ne sanctionna pas expressément ces idées mais il en favorisa discrètement l’application. [14]

Comment expliquer cette attitude si mitigée envers les corporations que les hommes de ce gouvernement ont pourtant réclamées à corps et à cris ? Rappelons que le système électoral adopté par la Révolution est le suffrage censitaire : seuls les plus riches votent. La Restauration monarchique hérite de ce poison sans réussir à s’en défaire, aussi le gouvernement se voit-il contraint de ménager les députés à la solde du haut commerce et de la haute industrie. Dans les faits, c’est la règle du « laisser faire laisser passer », autrement dit, laisser les plus forts réduire en esclavage la partie de la population qui a le plus besoin précisément d’être protégée par les institutions. Le parlementarisme est bien l’outil de manipulation utilisé par les lobbies à leur profit, au détriment du bien commun.
Échec sur le soutien à l’Église enseignante
Ferdinand de Berthier de Sauvigny (1782-1864) — un contemporain de Villèle et conseiller proche de Charles X — n’est pas opposé au jeu parlementaire, au contraire, il proclame qu’il est impératif de le sauvegarder contre ceux qui voudrait le supprimer. Sa description du ministère de Villèle en est d’autant plus intéressante :
Citation:
Le ministère, entrant dans les vues de la majorité de la Chambre, dont il lui importait de conserver la bienveillance et l’appui, demandait au roi la suppression des collèges jésuites, et la limitation du nombre des élèves des petits séminaires. Le roi résistait, cherchait des conseils. Cependant les ministres fatiguaient ce bon prince de leurs instances, lui annonçaient des troubles, peut être une révolution, s’il persistait à refuser sa signature. Dans sa perplexité, le prince envoya chercher l’évêque d’Hermapolis et lui posa la question :
— - Mes ministres me menacent de troubles sérieux, peut être de révolution si je ne signe pas. Croyez vous que je puisse, sans manquer à mon devoir de chrétien et à ma conscience, signer ?
— - Si de grands malheurs pour la France et pour le trône peuvent être le résultat du refus de votre Majesté, je crois qu’elle peut en sûreté de conscience signer ces ordonnances.
Le roi prit la plume et les signa à l’instant. [15]


Tel est le résultat du parlementarisme : pour obtenir le vote du budget, il faut convaincre chaque groupe parlementaire et accorder aux uns et autres quelques hochets financiers ou idéologiques en vue d’obtenir leur adhésion ou leur silence. Ainsi, pour se ménager la gauche, on sacrifie les jésuites et les petits séminaires ; cette action d’un gouvernement de bons catholiques au sein d’un régime parlementaire — fût-ce une monarchie — ne préfigure-t-elle pas celle de la république des Jules et l’expulsion de tous les ordres enseignants ?
Le parlementarisme ou gouvernement par la corruption
Mais il y a pire : ne voit-on pas ces mêmes hommes rentrer dans le jeu des partis et devenir corrupteurs pour gouverner ? Voici ce que relate sur le jeu des partis un Berthier pourtant, nous l’avons dit, favorable au parlementarisme :
Citation:
Comment expliquer la conduite de Monsieur de Villèle ? Il est difficile de ne pas reconnaître que dans cette circonstance comme dans beaucoup d’autres, la conservation de son pouvoir ministériel était la première préoccupation de son esprit et l’emportait souvent sur les grands intérêts de la royauté, qu’il ne croyait pas pouvoir être renversée par l’opposition de gauche. Un ennemi de la royauté l’inquiétait beaucoup moins qu’un royaliste capable ne partageant pas toutes ses idées et pouvant arriver au ministère [...] Là est toute l’explication de la conduite de Monsieur de Villèle, conduite qui contribua peut être à le conserver au ministère plus longtemps, mais qui fut si funeste au principe monarchique [...] C’est par le même système qu’il laissa subsister les journaux libéraux ou révolutionnaires tandis qu’il absorbait tous les journaux royalistes. Qu’en résultait-il ? Le public, qui soit à la tribune, soit dans les journaux, n’entendait guère qu’une seule voix, celle de l’extrême gauche, fut insensiblement entraîné, séduit et l’opinion fut pervertie. Quand Monsieur de Villèle est arrivé au pouvoir, l’opinion publique était-elle en grande majorité royaliste ? Oui certainement. Quand il quitta le ministère, était-elle encore royaliste ? Non. [16]

On voit bien ici le résultat de cette menace permanente d’un concurrent sur un ministre en place : ce jeu qui consiste à soutenir contre vos proches les plus éloignés de vos adversaires, afin de créer une menace qui refasse autour de vous l’union de la majorité. Mitterrand fera exactement la même chose avec l’extrême droite en 1981, et ce jeu fonctionne encore. Sur la corruption, Berthier précise :
Citation:
Monsieur de Villèle au surplus, ne connaissait guère que la partie inférieure et basse du cœur français, il avait recours à toutes les espèces d’appâts pour gagner les députés : intérêts dans les entreprises individuelles, places, traitements, décorations, gains à la bourse, la pairie, puis en quelque sorte l’abandon de l’administration publique en échange des boules en faveur de lois qu’il présentait [...] [17]
Citation:

[...] Ce sont des boules qu’il nous faut me disait un jour monsieur de Villèle. Ainsi ce ministre voyait toute la France dans le vote des chambres qu’il matérialisait autant que possible en mettant de côté les influences morales, en ne comptant pas quelque autre chose que les boules blanches ou noires qui étaient versées dans l’urne, de là ce système peu français et peu honorable de faire ployer les consciences par la crainte des destitutions ou l’appât des honneurs, des places, des gains de bourse et de l’argent même, distribué assure-t-on, de là les persécutions contre d’anciens amis du trône et des noms illustres par leurs talents, leur naissance ou leurs services [...] [18]

Après l’abandon des axes majeurs du programme ultra, voilà « ceux qui avaient tout sacrifié » devenus des trafiquants plus ou moins honnêtes, corrupteurs ou corrompus, usant de leur pouvoir pour accomplir objectivement le programme de leurs adversaires.
Bilan de l’utilisation du parlementarisme par des contre-révolutionnaires
L’épisode précédent a montré que les axes majeurs du programme ultra contre l’œuvre de la Révolution ont été rendus irréalisables par le jeu parlementaire, et ce, malgré la présence au gouvernement d’hommes de bonne foi et de bonne volonté. Pire encore ! le système parlementaire a perverti la politique d’un roi, d’un ministre et d’une assemblée largement contre révolutionnaires, à telle enseigne qu’ils finissent par faire œuvre révolutionnaire. On trouve déjà en germe dans le gouvernement Villèle — bien qu’atténuée par la monarchie — toute cette pourriture qui grandira sous la Troisième république, avec son cortège d’« affaires » et de scandales. Que ce soit les radicaux socialistes avec Gambetta ou les ultras avec Villèle, la direction est la même : le parlementarisme conduit inexorablement à un glissement vers le pire que la suite de l’histoire confirme.


Source et suite: http://www.viveleroy.fr/Le-mythe-de-la-bonne-republique


Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: Mer 24 Aoû - 14:07 (2016)    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet     Index du Forum -> LA FRANCE COURONNÉE -> La France couronnée Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Index | Panneau d’administration | creer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com